Journal d’une catastrophe annoncée

Samedi 18 mai

Les premiers de cordée

En 2050, tous les glaciers auront fondu.

Les premiers de cordée sans glaciers 

ils auront l’air de quoi ?

Avec leurs crampons 

de chez boucheron

leur besace

siglé versace

ils vont glisser dans la crevasse

rayer leur rolex sur le silex

bon débarras.

Si vous croyez qu’avant ça

ils auront décollé pour Mars

vous vous foirrez le doigt dans l’oeil

jusque là.

Mardi 9 avril

Ça devient lassant

tous ces glaciers qui fondent à grande vitesse (350 MILLIARDS DE TONNES de glace prennent le chemin de la mer chaque année).

Sous les glaciers, les rochers.

Sous la crise écologique, climatique, sociale,

La vérité nue

sur nous.

Des hommes brutaux arrivent au pouvoir, portés par la grande marée nauséabonde –est-ce la fin d’un monde ?
Dans cette mélasse, nous voilà pris dans la nasse des intérêts d’autres hommes brutaux  et très riches. Des hommes des femmes des clans klan klan.

On additionne et on soustrait

Des bénéfices et des cancers

Des montagnes et de l’or

Des armes et du football

Des enfants et des larmes

Des montagnes nucléaires et des mers de déchets

Des vies amères et des espérances pétrolières

Des forêts et des instincts primaires

Des cancers paradisiaques et des dividendes artificiels

Des bijoux technologiques et des camisoles sucrées

Des bactéries du silicone et des pilotes de drones

Des mensonges chimiques et des moutons électriques

Ya plus de place pour les baleines au cimetière marin

Les parois dégoulinent de balivernes dans la caverne

d’Ali-baba et les 50 voleurs

Tout ça en, couleurs

Et en direct automatique

Sous le radieux soleil du réchauffement climatique.

 

Lundi 1er avril

Bonne nouvelle :  l’Etat a décidé de sortir des pesticides. De TOUS les pesticides de synthèse. Le premier ministre l’a annoncé lui-même. Il s’est engagé publiquement. 

La sortie comprend deux étapes :

1 Accompagnement des agriculteurs : information, formation à d’autres pratiques, aides financières pour couvrir le déficit de récolte des premières années.

2- interdiction ferme d’utilisation des pesticides, avec peine de prison et amende à l’appui, à l’issue de cette première étape qui s’étale sur quelques années.

Poisson d’avril  ? Utopie ?

Non réalité, réalité vraie, tangible. Mais pas chez nous. En Inde, dans le petit état  himalayen du Skkim, qui a initié cette démarche en 2003. Les pesticides de synthèse sont bannis depuis 2016. C’est le premier État bio au monde ! Les agriculteurs ont retrouvé des rendements suffisants. La biodiversité est préservée. Pour protéger la forêt, qui couvre près de 50 % de l’État, les autorités ont lancé en 2006 une importante campagne de reforestation.

De plus, le Sikkim se passe des sacs plastique, chacun utilise des sacs en tissu et des ustensiles en matériaux durables.

Tout cela, par la volonté politique. d’un premier ministre, Pawan Kumar Chamling, réélu depuis à 5 reprises. 

Et chez nous ? Au mépris des alertes scientifiques, en dépit des mobilisations citoyennes, nos gouvernants et nos administrations s’obstinent dans le déni. Avec une stupéfiante indécence, on les voit faire diversion, jour après jour. Faut-il rappeler qu’on annonce une extinction des insectes  ? Qu’on compte par centaines de millions  la disparition d’oiseaux d’Europe ?  Que les alertes sanitaires sur les effets cocktails des pesticides – présents dans les sols, les eaux, tous les milieux- se multiplient ?   Pendant l’écocide, les affaires continuent. Sommes-nous capables de changer ce système ?.

Lundi 18 mars

Nos enfants nous accusent : nous leur volons leur avenir, nous n’avons pas su, pas pu, pas voulu changer de cap et voilà. Des années qu’on sensibilise les jeunes générations avec des chansons, des projets d’école, plus de classes vertes ça coûte trop cher, mais des projets de récup, de tri, de jardinage. Des années qu’ils regardent les derniers ours blanc, les derniers éléphants, les derniers rhinocéros, les derniers tigres blancs et les orang-outans. Ils les regardent dans des livres imprimés en Chine et sur des écrans fabriqués dans des usines où l’on enferme les gens. Ils pleurent les dauphins sacrifiés et les tortues géantes, les plastiques déversés et avalés par les oiseaux des mers.
On les aime pourtant nos enfants, on les aime on les aime et on les spolie. Alors on défile- ou pas. On casse les vitrines- ou non. On remplit le frigo. Et c’est reparti.
Chacun individuellement s’efforce d’offrir le meilleur à ses enfants. Un toit. De la nourriture, des vêtements, des soins. Et tout le reste. Individuellement remplir le caddy, la main invisible du marché régulera l’ensemble et remplacera la providence et on vivra dans un monde rationnellement régulé par la main invisible ainsi soit-il. Offrir, faut ce qu’il faut et tout le reste : loisirs, vacances, sport, Eurodisney, tablettes et téléphones pas encore cassés, objets vus à la télé, dans les grandes surfaces de jouets par milliers dans les petits souliers.
Objets fabriqués par milliards dans les grandes usines du monde, à l’autre bout du monde, à grandes lampées de pétrole, à grandes pelletées de métaux rares, de métaux lourds, de bisphénol A, etc. A grandes fournées de jeunes filles aux mains agiles, de femmes et d’hommes enfermés dans les ateliers grillagés, pour des marques aux enseignes répandues dans nos rues piétonnes mignonnes. Objets chargés dans des cartons par millions, dans des containers par centaines de milliers sur des cargos qui brûlent des fleuves de fuel lourd, la mer c’est grand et ça bouge tout le temps alors des containers tombent, les cargos parfois chavirent et voilà comment on a des marées noires sur nos plages et des bagnoles neuves au fond de l’eau avec des téléphones et quoi encore, la main invisible du marché est muette aussi, elle est partout mais inutile de la solliciter elle ne répondra à aucune question.

Dimanche 17 mars

Où étiez-vous le 16 mars ?

16 mars, La Rochelle

Où étiez-vous ce samedi, jour de la « marche du siècle », lendemain de la grève mondiale pour le climat des jeunes ?

J’ai regardé autour de moi, dans le cortège qui avançait, tranquille, dans les rues de la ville. J’ai vu des amants marcher par paire, des amis se héler. J’ai vu des inconnus proposer de relayer les porteurs de banderoles.  « Ni nucléaire, ni effet de serre

16 mars, La Rochelle

, entrons enfin dans la transition. »

J’ai vu une planète blessée, porter par des brancardiers. J’ai vu une toute petite fille tenir un carton, assise sur le siège d’un vélo tenu par son père. « Pas de nature, pas de futur » J’ai vu des familles avec poussettes tenir des pancartes colorées. « Je veux des poissons dans la mer ». Quand je serai grand, je voudrais être VIVANT. » J’ai vu des élus, de la ville, de l’agglo, de la région. J’ai vu des militants donner des tracts sur le glyphosate. J’ai vu un homme marcher seul dans la foule, son panneau brandi, jusqu’au bout. « Sortons de l’âge du pétrole ». J’ai vu des artistes. J’ai vu des mamies et des papis. 

Des phrases étaient tracées à l’encre sur un carré de carton. Des fleurs en papier, des arbres dessinés « Sans planète, on aura l’air con ».. « La nature n’est pas qu’un joli fond d’écran ». « Ta planète, tu la préfères bleue ? saignante ? Ou bien cuite ? » Stop déforestation. Forêt= poumon ». « Maintenant ou jamais ». « OISEAUX, POISSONS, REVOLUTION ». « Vos actions, notre poison ».« Nique pas ta mer ». « L’humanité court à sa perte, mais elle y va en voiture ». 

La foule portant ces panneaux avançait sous le radieux soleil du réchauffement climatique. 

Des gens attablés aux terrasses des cafés nous regardaient passer.

Une marée noire avançait vers les côtes. 2500 voitures reposaient dans des containers par 4000 m de fond. 

L’Assemblée nationale repoussait l’interdiction « de la production, du stockage et de la vente de produits phytopharmaceutiques destinés à des pays tiers et contenant des substances prohibées par l’Union européenne ». Les firmes de produits pharmaceutiques finançaient des partis politiques européens.

Les députés rejetaient l’inscription dans la loi de l’interdiction du glyphosate. L’Agence nationale  de sécurité sanitaire continuait à mentir. Le Sénat continuait à rejeter toute limitation d’usage des produits. Le taux de carbone dans l’atmosphère terrestre continuait à grimper.

J’ai regardé autour de moi, ce samedi 16 mars. On s’est compté. On était 1300 à La Rochelle. 350 000 dans toute la France selon Greenpeace. J’ai compté et recompté. Dans ma famille, on était 15%. Dans mes amis, davantage. La moitié peut-être ? En repartant de La Rochelle, nous sommes passés devant la grande zone commerciale. Il y avait des voitures partout. Normal, c’est samedi et les bus ne passent pas dans la zone. « L’humanité court à sa perte, mais elle y va en voiture ». Il parait que notre cerveau est programmé pour ça. Se gaver, jusqu’à en crever. Pas réagir aux phénomènes globaux, se démener pour remplir le frigo. C’est pas qu’on n’aime nos enfants, non, c’est pas ça. Dites-moi, où étiez-vous le 16 mars ?

Lundi 11 mars

Dimanche. C’est le printemps. On veut des coquelicots. Mais aussi des abeilles, des oiseaux, des grenouilles, des bleuets. Votre enfant vous parle de Greta Thunberg, la jeune Suédoise qui a fait un discours à la COP 24. Depuis, chaque vendredi, des jeunes défilent pour le climat et la biodiversité, dans plusieurs pays du monde. On va voir le discours de Greta. Il est net, clair, précis. Pourquoi, alors que cette question devrait être La priorité, n’agissons-nous pas ? Si le système ne peut répondre à ce défi, alors changeons le système, déclare-t-elle en face à ces adultes soi-disant « responsables ». Vous prétendez que vous aimez vos enfants, mais vous leur volez leur futur, dit-elle aussi. 

Lundi. Jour de travail. C’est réunion. Il est question d’aide aux entreprises, de label pour l’industrie, de discours inaugural. Business as usual. Dans les médias, les hommes d’affaires, les hommes aux affaires se taisent. Castaner, le ministre de l’éducation ordonne un débat sur l’environnement en classe le vendredi 15 mars, jour de manifestation. Le même jour, un appel à la grève scolaire et mondiale est lancé. 300 chercheurs se joignent au mouvement. « On a alerté mille fois, on a tout essayé, pourtant le péril ne cesse de croître » disent-ils.  Castaner, si tu savais…

Jeudi 28 février

J’ai passé quelques jours à la campagne, en compagnie d’amis. Ces derniers jours de février ont été particulièrement ensoleillés, Le 27, les radios annonçaient un record de chaleur qui a dépassé le précédent, datant de 1960. La campagne en question est un vieux pays, où des chênes pluricentenaires s’élèvent encore au bord des routes. Les oiseaux traversent d’une haie à l’autre juste à votre arrivée. À L’heure de la promenade, par les chemins creux, on croise des papillons, on aperçoit un lièvre ou des chevreuils dans le champ, près de la lisière du bois et la nuit, lorsqu’on sort marcher sous les étoiles, on entend les chouettes. C’est à une paire d’heures de la capitale et on y rencontre des Parisiens venus s’inventer une autre vie. Le village compte moins de cent âmes et s’étire le long d’une rue. À son extrémité, un poteau indicateur surgi d’un lointain passé annonce une gare à 900 mètres. C’est maintenant une maison. À côté de la mairie, la petite école aux grandes fenêtres, datant du début du XXe siècle, est louée à une famille. La ville la plus proche est à moins de 10 km, on y trouve des supermarchés et la Poste. Lorsqu’on se promène dans les vieilles rues du centre-ville qui murmurent Flaubert, on voit des volets clos et plusieurs commerces fermés. Le médecin ne prend plus de nouveaux patients. Toute cette campagne témoigne d’une promesse ancienne, celle d’amener le Progrès et la civilisation sur tout le territoire de la République : gare, école, poste et télécommunications, soins et services publics. Promesse maintenant révoquée sans préavis au nom de la métropolisation. Fermeture de maternité, d’hôpital, de classes : les journaux régionaux sont pleins de faits semblables et de récits de mobilisations héroïques qui ne rencontrent que l’indifférence de l’État. « Lorsqu’on choisit de vivre à la campagne, il ne faut pas s’attendre à avoir les mêmes services qu’en ville », n’est pas, M. le Président ?

Au cours d’un de nos déjeuners ensoleillés, le réchauffement climatique s’invita dans la conversation. On m’interrogea sur mon livre, sur la maison d’édition. Avais-je déjà trop parlé des arbres et des insectes ? Une amie me prit à part : les écologistes disent des choses très justes, me déclara-t-elle, mais j’aurai un reproche à leur faire : leurs paroles manquent d’humour. 

21 février

Hier, en face de la gare de La Rochelle, un prunier, entouré sur deux côtés de murs d’immeuble, avait décidé de fleurir en dépit de tout. Aujourd’hui, les premières fleurs sont apparues aussi sur les pruniers du verger . Sur une branche encore nue, j’ai voulu cueillir le parfum de l’une d’elles : un jeune miel décidé m’a sauté aux narines. Le premier papillon de l’année a fait une apparition, ses ailes d’un jaune vert pâle dans le soleil. À part lui, peu d’insectes. Dans son livre Les arbres entre visible et invisible, Ernst Zücker avance que les plantes sont sensibles aux sons produits par les oiseaux et les insectes. Chants, vrombissements et bourdonnements aident les arbres et autres végétaux à accomplir les étapes de leur cycle et à se défendre contre les maladies. L’être humain aussi serait sensible à ces messages sonores, tout comme aux messages olfactifs des plantes. Plusieurs études permettent de le penser sérieusement. Dans l’appauvrissement global que nous subissons, cette information mérite d’être proclamée.

19 février

Je me réveille chaque nuit. Des heures durant, je ne dors pas, je pense. Parfois je me lève, j’écris. A l’ancienne : je trace des signes sur une feuille. Les feuilles s’entassent.  Le jour, j’essaie des trucs. J’ai trop parlé de ces sujets, je suis cataloguée : Cassandre écolo, celle qu’on écoute un peu gêné. Quand même, je tente : pour les insectes, vous savez ? Les arbres, ça vous branche ? Et le glacier ?
On me répond souvent : oui. On sait. Puis d’impuissance on se tait. Ou alors on balance des onomatopées : Trump, par exemple. Et puis, parce que l’humour est une bouée, on lance : pas le moment d’acheter sur telle île, tel littoral. Oui, les insectes, les arbres, la vie. Et l’immobilier.

Lundi 18 février

Il fait un temps superbe aujourd’hui encore. Hier, j’ai commencé à tailler un premier pommier dans le verger. Les bourgeons pointent, les oiseaux chantent. ça sent le printemps et c’est bon ! Sur France Info, loin des gros titres, tout en bas de page, une vidéo : « C’est une catastrophe ce qu’il se passe en Antarctique ouest ». Le sujet d’inquiétude des scientifiques ?  Un immense glacier de l’Antarctique ouest se désolidarise du continent blanc. « Un compte à rebours a débuté en Antarctique ouest. Et pour les scientifiques, l’issue ne fait plus aucun doute : cette partie du continent blanc est vouée à disparaître dans les années à venir. Le glacier Thwaites, l’un des géants de la zone de la mer d’Amundsen qui fait 120 kilomètres de large, 600 de long et atteint 3 km de profondeur par endroits, est de plus en plus instable. « Il fait à peu près la taille de la Floride », résume à franceinfo Jérémie Mouginot, chercheur au CNRS à l’Institut des géosciences de l’environnement à Grenoble… »

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/video-c-est-une-catastrophe-ce-qu-il-se-passe-en-antarctique-ouest-pourquoi-le-glacier-thwaites-inquiete-les-scientifiques_3189997.html

Au-delà de mon écran, les branches encore nues du bouleau dansent dans le vent. Le ciel est bleu, le soleil brille. Les scientifiques ont calculé que ce glacier peut entraîner une montée des eaux de plus de 3 mètres. A quelle échéance ? Quelques décennies, quelques siècles ?  Tout dépend des énergies auxquelles carbureront nos sociétés à partir de maintenant.

Jeudi 14 février

« Avez vous mesuré le temps
Avez vous mesuré le vent
Avez vous mesuré la nuit 

La vie 

Viens avec moi mon vieux pays
le jour se lève
Levons nos rêves, aussi … » 

Emily Loiseau compose cette chanson pour le mouvement des Coquelicots. 500 000 personnes se rassemblent en France chaque mois pour demander l’arrêt des pesticides. Des semailles de coquelicots et bleuets se préparent un peu partout. Pour que le printemps soit chantant, et non silencieux !

12 février 2019 – Préambule
Cela fait des années que les signes s’accumulent. Que les scientifiques alertent. Biodiversité, effondrement, extinction : mots généraux pour dire la disparition des sauterelles, des papillons, des grenouilles, des hirondelles, des alouettes, des rhinocéros, des tigres, des marais, des forêts et de ceux qui les peuplaient. Climat, réchauffement, CO2 : autres grands mots pour traduire fonte des glaciers, de la banquise, incendies, sécheresses, inondations, guerres, famines…
Il y a 10 ans, leurs yeux souriaient lorsqu’ils prononçaient ces paroles graves. Les faits, la vérité allait conduire les politiques à agir. Dans le même temps, de grosses et mâles voix ont tonitrué, se moquant de ces alarmistes. L’homme, responsable ? Quelle prétention ! Pendant la polémique, les oiseaux ont continué à mourir, les marais à dépérir, les glaciers à fondre, les miniers et pétroliers à extraire, les chimistes à inventer leur poisons, à les vendre pour que d’autres les répandent sur les terres, dans les eaux, les aliments…

Les scientifiques ont cessé de sourire. Les traits tirés, les cheveux plus gris, ils ne s’adressent plus seulement aux décideurs, dont ils ont éprouvé la vanité. Ils signent par centaines des cris d’alarme. Les faits sont têtus et la vie sur terre perd chaque jour des couleurs.
Pendant ce temps, les pillages continuent. Malheur à ceux qui s’y opposent, qui résistent ou dénoncent. Lorsqu’ils ne sont pas assassinés, ils sont matraqués, trainés au tribunal, emprisonnés ou condamnés à des amendes.

En France, les ministres de l’écologie démissionnent ou sont démissionnés. Ne restent que les borgnes au royaume des aveugles volontaires. On ne dit pas, d’ailleurs, écologie, mais « transition écologique ». Vaste blague. Les émissions de CO2 continuent de croître. Les consommations de pesticides aussi. Les oiseaux et les insectes continuent de disparaître. Les petits paysans aussi. On voudrait sauver le monde et son parachute doré. Réduire les émissions et rouler en SUV. Préserver la nature et ouvrir des Mac Do. Bronzer aux Antilles dans les hôtels de ceux qui les empoisonnent au chlordécone, tu déconnes ? Manger bio et pousser son caddy dans les allées du supermarché. Rester jeune et ignorer les 300 000 nouveaux cas de cancer chaque année en France.
Les fins de mois sont difficiles. Pas pour tout le monde mais presque. Il faudrait résoudre tellement de problèmes. Ne vous en faites pas : demain, on y repensera comme un paradis perdu. Celui d’une paix encore possible. D’une réparation encore à portée de main. D’un retournement encore jouable. Et qu’on a laissé passer, par abrutissement consenti.
Demain, quand les insectes seront encore plus rares. Quand les oiseaux des champs seront tous morts de faim, dans des champs aux terres stériles. Quand la fonte des glaces aura asséché les rivières et les fleuves. Quand la montée des eaux aura noyé les ports et les villes. Quand nos déchets auront fini d’intoxiquer les habitants des océans. Quand les réfugiés, ce sera nous et nos enfants, fugitifs pourchassés entre des murs gardés par des drones. Quand nos cœurs seront encore plus secs que les déserts que nous avons étendu sur terre.
Cela fait des années que je vois cela sans vouloir fermer les yeux, sans pouvoir faire davantage que mes actes : un livre, une maison d’édition, quelques engagement associatifs, les choix de vie et de consommation, actes d’amour et de vie, engagements quotidiens, si importants, si dérisoires. Quand je plonge dans les articles collectés, les informations recueillies depuis plusieurs années sont d’une cohérence effrayante. Parce qu’aujourd’hui encore, une information tombe, une de plus, j’ouvre ce journal d’une catastrophe annoncée. Plus personne ne peut dire « on ne savait pas ». On sait. On y va.
J’ouvre ce journal avec l’espoir, ténu mais tenace, que les actes qui se multiplient partout, les initiatives, les recherches, les solidarités, les créations, bref les forces de vie l’emporteront sur les forces de mort. Peut-être faudra-t-il en passer par la destruction pour renaître. Peut-être allons-nous vraiment tuer la beauté du monde, celle qui nous échappe, qui ne nous appartient pas et ne nous appartiendra jamais, mais qui nous est donnée jour après jour.
En l’ouvrant sur le site de notre maison d’édition, La nage de l’ourse, je souhaite que résonnent les chants oubliés.
Un jour, ou peut-être une nuit, il y a une vingtaine d’année, un poème m’est venu. Il m’apparait encore mystérieux, porteur d’une prophétie où se téléscopent passé et futur. Je l’exhume des pages d’un cahier, de la mémoire d’antique ordinateur, afin qu’il ouvre ce journal.

Nous sommes aussi les enfants d’un monde qui n’a pas existé
Un monde où les morts et les non-nés murmurent par milliers
lorsque le vent se plait à les écouter.
Sans le vent, nos paupières seraient si lourdes
Que nos yeux resteraient fermés à jamais.

Lundi 11 février 2019
Selon l’association Pollinis, les ministres de l’agriculture européens viennent de refuser la mise en place de tests qui auraient permis de prendre en compte de façon moins parcellaire les effets des pesticides sur les pollinisateurs. Si ces tests avaient été mis en place, les ¾ des pesticides –insecticides, fongicides, herbicides- auraient été recalés. « Le 24 janvier, réunis au sein d’un comité technique de l’Union européenne, le comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et de l’alimentation [en anglais Standing Committee on Plants, Animals, Food and Feed (Scopaff)], ils ont décidé d’enterrer un document fondamental qui aurait permis d’enrayer le déclin dramatique des pollinisateurs en Europe. » (https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/02/06/il-est-temps-d-arreter-le-massacre-des-abeilles_5420072_3232.html)

Mardi 12 février 2019
La disparition rapide des insectes constitue l’une des plus grandes extinctions de masse depuis l’apparition de la vie sur Terre, estiment des chercheurs dans la revue Biological Conservation. Avec 41% d’espèces en déclin, la Terre perdrait chaque année 2,5% de sa biomasse.
http://www.journaldelenvironnement.net/article/les-insectes-une-hecatombe-en-cours,96103
https://www.la-croix.com/Monde/insectes-declin-mondial-sans-precedent-2019-02-11-1301001752?from_univers=lacroix
https://www.lanouvellerepublique.fr/france-monde/les-insectes-un-declin-mondial-sans-precedent?utm_source=newsletter-recap-poitou&utm_medium=email&utm_campaign=mailing-2019-02-11
« La conclusion est claire: à moins que nous ne changions nos façons de produire nos aliments, les insectes auront pris le chemin de l’extinction en quelques décennies », soulignent les auteurs de ce bilan « effrayant », synthèse de 73 études, qui pointe en particulier le rôle de l’agriculture intensive.
Aujourd’hui, environ un tiers des espèces sont menacées d’extinction « et chaque année environ 1% supplémentaire s’ajoute à la liste », ont calculé Francisco Sanchez-Bayo et Kris Wyckhuys, des universités de Sydney et du Queensland.
Ce qui équivaut, notent-ils, « au plus massif épisode d’extinction » depuis la disparition des dinosaures.
« La proportion d’espèces d’insectes en déclin (41%) est deux fois plus élevée que celle des vertébrés et le rythme d’extinction des espèces locales (10%) huit fois plus, » soulignent-ils. »

N.B. ces 2 infos font écho à d’autres informations scientifiques publiées ces dernières années. Études après études, elles établissent le rôle actif dans cet écocide des produits massivement fabriqués et commercialisés par les multinationales de l’agrochimie : Bayer, Dow, Syngenta et consorts, produits vendus ensuite aux agriculteurs via les coopératives agricoles qui en tirent près de 40% de leur chiffre d’affaires, produits promus « protecteurs des plantes » par ces mêmes firmes qui nient toute responsabilité dans le désastre en cours.

Mercredi 13 février 2019
Une cinquantaine d’ours polaires sont arrivés en décembre 2018 sur les iles de Nouvelle-Zemble, dans la mer de Barents. L’archipel russe est peuplé d’environ 3000 personnes. Le 9 février, les autorités ont décrété l’état d’urgence. Les ours errent dans les zones habitées à la recherche de nourriture et se montrent parfois agressifs. Leur survie dépend de la capacité à bien se nourrir à la fin de l’hiver. La réduction de la banquise, leur territoire de chasse et de reproduction, les pousse à se déplacer vers d’autres sources de nourriture. Les autorités tentent de chasser ces réfugiés climatiques et envisagent de les abattre. L’ursus maritimus est en danger en raison de la hausse des températures.
https://www.lemonde.fr/climat/article/2019/02/12/l-archipel-russe-de-la-nouvelle-zemble-confronte-a-une-invasion-d-ours-polaires-agressifs_5422546_1652612.html